En cette période particulière, nous nous sommes demandés comment les artistes et les artisans travaillaient et créaient. Nous avons interrogé Louise Lemieux Bérubé à ce sujet. Artisane de talent, première Québecoise à avoir gagné le prix Robert Jekyll, Louise Lemieux Bérubé s’est beaucoup intéressée aux matières textiles.
Portrait de Louise Lemieux Bérubé
Ma première question va être simple : pouvez-vous expliquer votre pratique à nos lecteurs ?
Ma pratique est multiple. J’ai d’abord et surtout choisi les arts textiles comprenant plusieurs techniques connexes : tissage, teinture, coupe laser d’estampe, livres d’artistes. Ce sont mes œuvres tissées figuratives qui ont reçu les plus grands honneurs.
À quand remonte cet intérêt ? Est-ce que vous vous souvenez de votre première œuvre ?
Mon intérêt remonte aux années ’70 et c’est au Salon des métiers d’art que je vendais mes textiles utilitaires : blouses, manteaux, ponchos tissés. Puis, après l’obtention d’un B.A. en histoire de l’art en 1980, j’ai choisi le chemin des arts d’expression. Ma première et plus importante exposition à cette époque fut une exposition individuelle où je présentais une douzaine d’œuvres tissées ayant pour thème la danse contemporaines. Des tissages Jacquard à partir de photos de danseurs provenant de cinq ou six groupes de danse basés à Montréal.
Qu’est-ce que le textile évoque pour vous ? Qu’y a-t-il de si particulier dans ce matériau ?
Avant d’apprivoiser le tissage, je cousais pour une clientèle de femmes professionnelles. À l’exemple de ma mère, sans doute, j’aimais la couture.
Dans les années ’60 (probablement) j’ai regardé à la télévision une émission où le tisserand Lucien Desmarais et la créatrice de mode Marielle Fleury présentaient une collection de vêtements. J’ai eu le coup de foudre et tout de suite après j’ai rencontré Lucien Desmarais qui fut, pour un court moment, mon premier professeur de tissage.

Si on parle maintenant de la situation très particulière que nous vivons : Comment votre pratique a-t-elle évolué avec le COVID ? Quels en sont les impacts dans votre quotidien d’artiste ? (difficulté de trouver des fournisseurs ? Déplacement nécessaire de votre atelier ? est-ce que vous pouvez encore travailler ? où ?)
Je ne possède plus un métier Jacquard, et comme j’ai plus de 70 ans, je suis confinée. Je n’ai donc plus accès à un métier Jacquard (dans un atelier à Montréal ou à Québec), ni à un FabLab où je coupe au laser des motifs que j’imprime sur mes tissages. Je tisse un peu, mais pas nécessairement de nouvelles œuvres. Je fais de la recherche et je prépare un dossier que je présenterai au CALQ pour une aide à la réalisation d’une nouveau projet d’exposition individuelle.

Où puisez-vous votre inspiration ? Est-ce que l’isolement et le confinement ont changé quelque chose à ce niveau-là ?
En effet, je fais plus en mode réflexion qu’en mode production. En espérant que je trouverai et pourrai réaliser les œuvres que j’ai en tête et que j’essaie de préciser.
On a vu beaucoup d’initiatives de la communauté artistique et artisane dans cette période, que ce soit pour produire des masques ou tout simplement pour proposer un moment de distraction, d’évasion aux personnes confinées. Est-ce que vous avez une opinion là-dessus ? Comment percevez-vous l’implication de la communauté artistique dans le quotidien des citoyens dans ce moment de pandémie ?
Je trouve ces initiatives très intéressantes et j’en profite. J’admire les artistes qui réussissent ces petits chefs-d’œuvre. Pour ma part, c’est plutôt un travail d’introspection.

Qu’espérez-vous pour « l’après-COVID », pour vous ? pour les citoyens ? pour tous les artisans et les artistes ?
L’après COVID, sera de reprendre la production, le tissage, les coupes au laser. Continuer mes recherches.

crédit photo: Philippe Lizotte et Louise Lemieux Bérubé