Description du projet

Un musée dans une église, l’histoire du bâtiment

Lorsqu’en 1867, la nouvelle église presbytérienne St. Paul est inaugurée, elle trône fièrement sur le boulevard Dorchester (aujourd’hui René-Lévesque) à l’angle de la rue Sainte-Monique. Elle est considérée comme la plus belle église néogothique de la ville et couronne la carrière de son architecte Frederick Lawford, qui malheureusement est décédé avant la fin de sa construction.

En 1931, l’église est expropriée pour laisser la place à la construction d’une gare ferroviaire. Elle est sauvée de la destruction grâce aux Pères de Sainte-Croix qui l’achètent pour la somme symbolique de 1$. En soixante jours, elle est démontée, chaque pierre bien identifiée, puis déménagée sur les terrains du Collège de Saint-Laurent. Elle est reconstruite par l’architecte Lucien Parent qui la modifie légèrement pour sa nouvelle vocation, celle d’une chapelle catholique. Parmi les ajouts, une tribune d’orgue, des confessionnaux, un chemin de croix et de nouveaux vitraux. Elle est aussi élevée d’un étage pour accueillir la salle Émile-Legault, salle de spectacle des renommés Compagnons de Saint-Laurent. Devenue vacante suite à la laïcisation de l’institution d’enseignement, elle est transformée en musée sous l’égide de Gérard Lavallée et ouvre ses portes en janvier 1979.

La collection impressionnante du Musée, soit plus de 10 000 objets reliés aux arts et aux traditions artisanales, oriente sa vocation. À l’automne 2002, le Musée fait peau neuve. La firme d’architectes Marc Julien modifie l’aménagement intérieur pour améliorer le service aux visiteurs et redonner sa beauté au décor de l’édifice patrimonial. Parallèlement, une nouvelle exposition permanente, baptisée Mains de maîtres, est inaugurée en mars 2003. En mai 2017, le Musée recoit une subvention pour réaménager de nouveau son exposition permanente. Le projet prend forme tranquillement et nous attendons avec impatience l’ouverture de la nouvelle exposition permanente Matières d’art qui est prévue pour mars 2019.

Les vitraux

Lors du déménagement de l’église, les vitraux originaux ornant la façade ont été réutilisés par la communauté presbytérienne pour leur nouvelle église de la rue Sherbrooke. Pour les remplacer, un nouveau vitrail fut donc réalisé en 1932 par le maître verrier de Limoges Francis Chigot (1879-1960). Bien connu pour ses œuvres d’inspiration Art Nouveau et Art Déco, il est également l’auteur des vitraux historiques de la Basilique Notre-Dame de Montréal. La pièce centrale, une Vierge à l’Enfant est cependant plus ancienne (1874) et provient de l’ancienne église du collège. Elle avait était réalisée et offerte par les ateliers du Carmen au Mans. Il  semblerait que ce soit l’une des deux seules contributions des ateliers du Mans au patrimoine architectural nord-américain.

Secrets d’archives sur les vitraux des transepts

En 1932, le Père Cousineau de la congrégation de Sainte-Croix reçoit une lettre du verrier allemand Karl Diemand contenant une liste de sujets pour les vitraux des transepts. En 1933, il en reçoit une autre de Francis Chigot pour le transept droit. Cependant, il semble que ces projets n’ont jamais été réalisés car les transepts n’ont pas de vitraux!

Restauration

Voici aussi une courte vidéo de l’une de nos restaurations des vitraux de l’église : https://www.youtube.com/watch?v=JYSdi5t7e_c

Le vitrail ouest

Un vitrail dédié à la Vierge Marie

Le père Basile Antoine Moreau (1799-1873), fondateur des pères de Sainte-Croix, avait une dévotion spéciale pour Marie. N’avait-il pas dit: «L’ami du Christ est aussi l’ami de sa mère, qu’il aime à retrouver au pied de la croix. C’est à elle que va son premier bonjour le matin, et son dernier mot le soir avant de s’endormir, et c’est par ses soins assidus que la dévotion naissante au mois de Marie s’implante à Saint-Sulpice». Marie est donc devenue la patronne de la congrégation. Dans la partie centrale du vitrail, elle porte un diadème en tant que reine de la congrégation et se trouve sur un nuage symbolisant son Assomption.

Les saints entourant la Vierge 

Si les dais (fenêtres) derrière les saints ont la même forme que celui de la Vierge, c’est que ces quatre saints ont une relation privilégiée avec elle, soit une relation temporelle ou spirituelle. Les évangélistes Luc et Jean qui sont placés plus près, étaient des contemporains proches de Marie. Saint Jean avait accueilli la vierge après que le Christ fut descendu de la croix. Jésus avait dit à sa mère: «Femme, voici ton fils» et l’apôtre «Jean, voici ta mère». Saint Luc est le premier portraitiste de la Vierge (notez la plume qu’il tient dans sa main). Quant à saint Dominique et saint Bernard, issus du Moyen Âge, ils sont liés à la Vierge spirituellement. Saint Dominique tient un lys (symbole de la pureté mariale) et a une étoile au dessus de la tête car la Vierge lui serait apparu. Quant à lui, saint Bernard est le fondateur des Cisterciens dont Marie est le modèle exemplaire de vie spirituelle.

Le vitrail contient un détail anachronique… Pouvez-vous le trouver?
Saint Dominique chausse des bottes de travail. C’est un clin d’œil aux ouvriers qui ont participé à la reconstruction de l’église.

Les inscriptions
Il y a quatre messages symboliques! Sauriez-vous les déchiffrez?

  • speculum justitiae (miroir de la justice)
  •  vas honorabile (vase d’honneur)
  •  stella matutina (étoile du matin)
  • janua coeli (portes du paradis)

Pour terminer, examinez les inscriptions dans le coin inférieur droit des panneaux de la Vierge à l’Enfant et de saint Bernard.

L’orgue

La tribune d’orgue a été ajoutée lors de la reconstruction du bâtiment en 1930 pour recevoir l’orgue rescapé de l’église presbytérienne. Il s’agit d’un orgue Warren de 1868, modifié et augmenté par l’ajout de l’orgue Mitchell de l’église St-Andrew en 1919.

En vue de son installation dans la chapelle du Collège, la maison Casavant et frères de Saint-Hyacinthe a démonté l’orgue et l’a entièrement reconstruit. Il a été restauré et bonifié pour totaliser 5 459 tuyaux et 81 jeux. Sa valeur actuelle s’élève aujourd’hui à 900 000 $. À titre de comparaison, l’orgue de l’Oratoire Saint-Joseph, qui se classe parmi les 10 plus prestigieux orgues au monde, compte 5 811 tuyaux et 78 jeux !

Plusieurs organistes célèbres ont joué de cet instrument imposant dont les tuyaux sont répartis aux quatre coins de l’édifice. Muet depuis le début des années 1970, il était autrefois considéré comme l’un des instruments les plus versatiles au Canada.

Les buffets de chêne surmontés de flèches à fleurons, un ornement végétal, ont été dessinés par Lucien Parent, l’architecte chargé du déménagement et de la reconstruction de la chapelle.

Pour des raisons de sécurité, une balustrade a été ajoutée en 1998.